Un des auteurs les plus connus et considérés comme un véritable ‘classique’ de la Science-Fiction est sans aucun doute George Orwell. Son roman 1984 fait partie des dystopies les plus connues. C’est un auteur russe qui a inspiré Orwell : My de Yevgenii Zamyatin. En voici les thèmes principaux abordés qui n’empêchent pas de le lire dans son intégralité.
Orwell ancre son récit dans un monde qui pourrait être le nôtre car il intègre des références précises (pays, régimes politiques, doctrines…). Ce choix de l’auteur me paraît important car il essaie ici de toucher directement son lectorat. Il n’existe qu’un seul parti, l’Angsoc, qui consiste en un régime totalitaire cherchant à contrôler les esprits. On entre donc dans une dystopie (contre-utopie) qui donne froid dans le dos.
Les premières pages du récit peuvent agacer car on se demande pourquoi le peuple ne se rebelle pas alors qu’il est clairement persécuté. Plus on avance dans le roman plus on se rend compte qu’ils n’ont aucun moyen de comparaison avec une autre façon de vivre alors comment leur en vouloir ? On leur fait croire par des chiffres fictifs que la situation économique s’améliore et que la qualité de vie n’a jamais était aussi bonne. Il s’agit ici d’une persécution mentale, bien plus atroce et marquante qu’une persécution physique. Si cette première persécution mentale ne fonctionne pas c’est une persécution physique qui commence, mais toujours dans le but d’asservir l’esprit des torturés. La principale caractéristique du régime que décrit Orwell dans ce roman est l’absence de distinction entre la pensée et l’acte.
Disparition des relations sociales et amoureuses
Orwell décrit un monde gouverné par la haine. L’amour et la justice ne peuvent pas être contrôlés, donnant trop de liberté à l’esprit. La solution du régime de Big Brother est de les faire disparaître. La guerre est “fondée” sur la non-connaissance de l’ennemi. Dans 1984, la guerre est omniprésente. Elle existe entre les individus d’un même pays (la dénonciation, les deux minutes de la haine) qui finalement possèdent les mêmes rapport sociaux qu’avec l’ennemi étranger. Le parti souhaite toujours posséder un ennemi car sa seule raison d’exister est d’avoir un ennemi à vaincre. Ainsi, un adepte du parti décrit l’avenir tel qu’il l’imagine :
Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain…éternellement.
Le contrôle de l’esprit
Dans un monde où les règles sont temporaires, l’esprit doit apprendre à oublier. Le parti a donc instauré la dualité de l’esprit : cette faculté de croire en deux vérités somme toute très différente. Selon le parti, cette dualité permet à l’homme de maîtriser à sa guise l’univers qui l’entoure, en le façonnant avec l’esprit. Cette dualité de l’esprit est, paradoxalement, un moyen de contrôler son propre esprit en lui faisant accepter le changement des vérités mêmes les plus absolues. L’homme devient ainsi son propre esclave.
Afin de vérifier que l’ensemble de la population est sous contrôle, un système de vidéo surveillance est omniprésent (télécran) et enregistre les moindres faits et gestes et peut détecter les vagues de sentiments que pourrait ressentir toute personne.
Disparition de la mémoire et de la langue
Le principe des archives n’existe pas dans ce monde totalitaire. L’Histoire est modifiée chaque jour. Le concept de mémoire est aboli.
Finalement Winston pourrait se demander ce qui est vrai dans cette histoire puisqu’aucune preuve n’existe. La résistance existe-t-elle ? Big Brother existe-t-il ? Les autres pays existent-ils ? Le personnage principal fait partie de la dernière génération à avoir connu un autre monde que celui proposé par Big Brother. Ce ne sont que des bribes de souvenirs, mais cela est suffisant pour faire naître le doute dans son esprit. Détenir l’ensemble des informations d’une société est le meilleur moyen de la contrôler.
La langue n’échappe pas au désir du parti de tout contrôler. Elle est réduite au strict minimum (novlangue), ne permettant plus d’exprimer les sentiments, les nuances, les ambiguïtés, les doubles sens, les métaphores… Bref, tout ce qui fait la richesse d’une langue disparaît.
(…) éveiller le minimum d’écho dans l’esprit de celui qui parlait
Pour couronner le tout, le titre de ce roman est “faux”, ou tout du moins nous ne savons pas s’il est vrai. Rien ne nous garantit que l’action se passe “réellement” en 1984. Même Orwell a hésité jusqu’à la dernière minute pour choisir le titre de ce roman. Ainsi, il écrit une lettre à son éditeur en 1948 pour lui dire qu’il hésite entre deux titres : 1984 ou The Last Man in Europe. Le deuxième titre que proposait Orwell colle parfaitement au message qu’il veut transmettre dans ce roman : sans mémoire, sans amour, sans justice, la vie n’est qu’une formalité. Si l’Homme est privé de sensations et de sentiments il n’est plus vraiment un homme. Winston est probablement le dernier homme en Europe mais pour combien de temps encore ?
Deux passages du roman qui résument bien le principe de la contre-utopie :
Un monde où les victoires succéderont aux victoires et les triomphes aux triomphes; un monde d’éternelle pression, toujours renouvelée sur la fibre de la puissance.
Vous ne pourriez créer ce monde que vous venez de décrire. c’est un rêve. Un rêve impossible.
Espérons que ça le reste…